1 décembre 2014

réflexions

Parfois, quand on a adopté un principe de vie depuis longtemps, on peut avoir l'impression de bien le comprendre. On peut penser qu'il est bien ancré et a une structure solide; on n'a pas de doute sur la direction dans laquelle on va. Et puis il suffit d'un incident pour nous amener à tout remettre en question. Ça peut nous donner tout un choc.

J'ai connu récemment deux de ces moments en rapport avec le concept de simplicité volontaire, et j'en suis encore troublée.

Je rentrais chez moi après avoir participé à la manifestation en soutien à Radio-Canada. Il faisait un temps glacial et j'avais bien hâte de me dégeler les doigts sur une bonne tasse de thé. Une femme dans la soixantaine m'a demandé ce qui se passait, pourquoi il y avait un groupe de personnes réunies sous la neige devant un immeuble du centre-ville. Cette femme, je l'avais déjà vue dans le coin; le nombre de sans-abris de Trois-Rivières a explosé depuis quelques années, et elle en fait partie. J'étais plutôt satisfaite d'avoir fait acte de présence à cette manifestation et d'avoir apporté mon appui à un service public que j'apprécie... Mais à mesure que les mots «coupures» et «compressions» et «budgets» sortaient de ma bouche, j'ai ressenti une énorme gêne à parler de ces choses-là à une femme dont toutes les possessions au monde entrent dans le sac à dos posé à ses pieds. J'avais l'impression de lui donner une claque au visage. Elle a eu la politesse de m'écouter et a répondu avec résignation : «Ah, le gouvernement, les programmes sociaux pis tout ça, tout le monde y goûte.». À sa place, je pense que j'aurais pété une coche, ou qu'au minimum je me serait détournée d'un air dégoûté. Difficile d'avoir une preuve plus tangible que le simple fait de pouvoir faire des choix, c'est un immense priviliège... Mettons que ça a remis mes priorités dans le bon ordre. Je continue d'être persuadée que R.-C. est un service essentiel à la population, mais il existe des services dont la nécessité est vachement plus immédiate.

Dernièrement, j'ai assisté à une conférence et à une réunion qui avait pour but de former un groupe de simplicité volontaire dans ma petite ville. J'étais vraiment enthousiaste à l'idée de rencontrer des gens qui ont les mêmes valeurs que moi, qui eux aussi se sentent à l'écart d'un monde obsédé par la consommation, qui ont le cerveau bouillonnant d'idées... Wow, on peut dire que j'ai rapidement déchanté. Le lieu et la majorité de l'assistance m'ont mise franchement mal à l'aise. Il y avait très peu de «jeunes» de moins de 50 ans, et bien des gens n'ont pas hésité à commander un breuvage à prix gonflé à la serveuse du restaurant plutôt chic où nous étions réunis. Au cours des conversations que j'ai captées autour de moi et à travers les questions qui ont suivi la conférence, j'ai réalisé assez brutalement qu'il y a de nombreuses approches différentes de la simplicité volontaire, et qu'elles ne sont pas toujours compatibles ni entre elles, ni avec la mienne.

Même si j'ai apprécié l'intervention de deux des participantes et la présence des autres «jeunes», j'ai été déçue de bien des choses que j'ai vues et entendues pendant cette soirée (je n'avais jamais autant roulé les yeux ni grincé des dents). Si on ajoute à ça mon caractère misanthrope, disons que j'hésite à m'inscrire comme membre de ce groupe.

Mais je ne considère pas avoir perdu mon temps. En effet, depuis cette réunion, j'ai beaucoup réfléchi. Chaque personne qui a adopté — consciemment ou de manière organique — ce mode de vie en a sa propre conception, qui peut se modifier au contact d'autres simplicitaires, et je sens que ma définition de la simplicité est maintenant plus solide et plus précise.

Je pense qu'avoir un mode de vie simple, ce n'est pas atteindre un but spécifique et en rester là; au contraire, il me semble essentiel de briser le cycle, de remettre en question, de rester constamment attentive à mes choix et à mes comportements, et de les réévaluer au besoin. C'est presque toujours possible d'apporter des améliorations, de faire les choses autrement, petit à petit.

De mon point de vue, simplifier, ça ne se résume pas juste à recouper quelque chose, ni à le remplacer par quelque chose de «moins» (moins compliqué, moins volumineux, moins polluant, etc.); souvent, ça consiste à réorienter, à recadrer, à revoir tout un système de pensée, à changer ses habitudes. La première question que je me pose, c'est : «Est-ce que j'en ai besoin?» Bien souvent, la réponse est non!

Un élément sur lequel je travaille depuis quelque temps, c'est la différence entre le PRIX d'une chose et son COÛT. Comme pas mal tout le monde, j'aime payer le moins cher possible pour ce dont j'ai besoin. Mais il y a une chose que je garde toujours en tête : dans la majorité des cas, si ça me prend moins d'argent dans mon porte-monnaie pour me procurer un bien, il y a des bonnes chances pour que quelqu'un ou quelque chose à quelque part — des employés exploités, souvent des femmes et des enfants, l'environnement — doive payer cher... J'ai un budget limité, pas de voiture; ça limite parfois mes options. Ce serait génial de faire toute mon épicerie à la coop et au Marché Godefroy, d'acheter juste des produits recyclés, bio et équitables! Hélas, c'est impossible de façon régulière... pour le moment.

Je dois constamment me rappeler ces trois petites phrases d'Arthur Ashe, qui peuvent sembler tellement évidentes :

Commence où tu es. Utilise ce que tu as. Fais ce que tu peux.

A travers tout ça, une question prend de plus en plus de place dans mes décisions de consommation : est-ce qu'il existe une alternative locale? C'est un travail de recherche vraiment fascinant! Je pense en parler ici de temps à autre, et si vous avez des suggestions ou des pistes, peut-être que vous auriez la générosité de les partager dans les commentaires?

2 commentaires:

  1. Wow! Merci d'avoir publié ce billet! La simplicité volontaire, c'est pas si simple que ça en effet. Encore moins la simplicité involontaire. Au cours de ma vie, j'ai été "à l'aise" et j'ai été très pauvre. En ce moment, je ne roule pas sur l'or et je dois adopter cette simplicité involontaire, ce qui, à la longue, devient de plus en plus volontaire.

    Hier, je suis rentrée à la maison avec une pile de livres empruntés à la bibliothèque du cégep où je travaille. C'est génial! Avant, je les aurais tous achetés et ils prendraient la poussière dans ma bibliothèque (comme ceux qui y sont déjà...). Comme la bibli possède peu de polars, je les achète chez Renaissance à 1,50$ et les rapporte au même endroit quand je les ai lus.

    J'achète mes vêtements au Village des valeurs et j'adore ça! Je me sens bien de donner une deuxième vie à des vêtements qui ont probablement était confectionnés par des enfants et des femmes sous payés. Au moins, ça encourage la réinsertion sociale ici et les profits vont à un organisme de bienfaisance.

    Pour ce qui est de la nourriture, c'est plus difficile, surtout en hiver. Heureusement, je cuisine beaucoup, ce qui me fait économiser énormément. C'est toujours intéressant de trouver des trucs pour allonger un repas afin de pouvoir le resservir une autre fois. Je ne suis pas végétarienne, mais je mange beaucoup de légumes et les portions de viande sont très petites! :)

    Je n'ai pas participé à la manif pour radio canada. Ça me mettait mal à l'aise de répondre à l'appel de ces vedettes de la télé, privilégiés d'entre tous, dont la voix est entendue "coast to coast". Mais je suis contre les coupures que cette société subit. Il s'agit de culture et quand il n'y a plus de culture, il n'y a plus rien. On se retrouve comme cette femme que tu as croisée. Nous ne sommes pas privilégiés de pouvoir faire des choix. Tout le monde devrait pouvoir en faire. C'est de ne pouvoir faire de choix qui est dramatique et que des personnes y soient confrontées est inacceptable.

    J'ai donc manisfesté samedi dernier contre les mesures d'austérité mises de l’avant par notre cher gouvernement qui est en train de détruire notre filet social.

    J’aime ce que tu dis : Commence où tu es. Utilise ce que tu as. Fais ce que tu peux. C’est bien ce qu’on peut faire de meiux.

    Bonne fin de semaine Danielle!

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  2. C'est clair que tu n'as pas perdu ton temps! Toute expérience qui nous amène à pousser notre réflexion un peu plus loin, à mesurer ce qui est vraiment important pour nous ainsi qu'à mieux comprendre nos motivations n'est absolument pas perdue. C'est même un catalyseur essentiel pour nous rappeler que, rien n'étant plus constant que le changement, c'est peut-être le moment pour nous de prendre le temps de revoir où on en est avec tout ça. Merci d'avoir partagé ici ta réflexion: elle nourrit la mienne.

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